TDAH et dopamine : pourquoi le cerveau de votre enfant en redemande (écrans, sucre)
TDAH et dopamine : pourquoi votre enfant cherche sans cesse écrans et sucre, et comment remplacer l'habitude plutôt que la supprimer.

Oscar Langley — coach TDAH, auteur et conférencier
Publié le 3 novembre 2026 · 9 min de lecture
Une conversation avec un chercheur en neurosciences
Pourquoi votre enfant retourne-t-il sans cesse vers l'écran, ou vers le placard à gâteaux ? Pour comprendre le lien entre TDAH et dopamine, j'ai échangé avec Michaël Loureiro, avec qui j'ai fait mon parcours de coach. Chercheur en neurosciences de formation, il a travaillé pendant plus de dix ans dans différentes universités, notamment à l'université de Genève, et ses sujets revenaient souvent à la dopamine, aux addictions et au cortex préfrontal.
Une précision avant de commencer, et nous l'avons dite tous les deux dans la vidéo : ni lui ni moi ne sommes médecins, psychiatres ou addictologues. Ce qui suit est une explication simplifiée, pour vous aider à regarder le quotidien autrement. Ce n'est pas un avis médical, et pour la situation de votre enfant, c'est un professionnel de santé qui vous répondra.
La dopamine, la molécule de la recherche du plaisir
Le TDAH est avant tout un trouble du neurodéveloppement. Il touche des systèmes de communication dans le cerveau, notamment la dopamine et la noradrénaline.
La dopamine, je la décris souvent comme un petit messager du cerveau. Michaël apporte une nuance qui change beaucoup de choses : elle est impliquée dans la recherche du plaisir, presque plus que dans le plaisir lui-même. C'est elle qu'on retrouve dans l'envie irrésistible, le « il me le faut », et dans les addictions.
Dans le TDAH, cette dopamine est déréglée, et souvent diminuée. Résultat : une recherche très fréquente, quasi constante, de stimulation. Votre enfant ne cherche pas forcément à « s'amuser » : son cerveau réclame de quoi être stimulé.
Michaël le dit lui-même, la réalité est bien plus complexe. Il évoque par exemple des différences selon les régions du cerveau concernées, qui expliqueraient peut-être pourquoi certains enfants sont plutôt agités et d'autres plutôt inattentifs. Mais il précise que c'est là la limite de ce que l'on sait aujourd'hui.
Pourquoi les écrans et le sucre, justement
Dans les familles que j'accompagne, deux sujets reviennent sans arrêt : les écrans et le sucre. Michaël l'explique en deux temps.
Un frein plus faible
Le premier point, c'est l'impulsivité. Avec ou sans TDAH, le fait d'avoir du mal à retenir un comportement favorise le passage à l'acte. Et chez une personne TDAH, la partie du cerveau qui sert de « chef d'orchestre », le cortex préfrontal, celle qui organise, planifie et freine, fonctionne moins bien. Retenir l'envie d'aller vers ce qui stimule devient alors beaucoup plus difficile.
Ce qui est à portée de main
Le second point est très concret : on va vers ce qui est disponible. Aujourd'hui, ce qui est le plus facile d'accès, c'est un écran et quelque chose de sucré. C'est autorisé, il n'y a pas besoin de se cacher, personne ne vous arrête.
Puis le cercle se referme. Chaque fois, l'habitude se renforce, et elle finit par s'entretenir toute seule. Ce n'est donc ni un manque de volonté, ni un caprice : c'est une habitude qui s'est installée sur un terrain qui s'y prêtait.
Derrière l'écran, un besoin
C'est le cœur de notre échange. Une habitude, même mauvaise, apporte quelque chose. Avant de vouloir l'arrêter, il faut comprendre ce qu'elle nourrit.
Comprendre les besoins qui sont nourris chez l'enfant à travers l'écran, et pas l'écran. Et petit à petit, le substituer par quelque chose qui lui donne encore plus de plaisir.
Deux enfants scotchés à leur téléphone ne cherchent pas forcément la même chose. L'un a besoin de divertissement. L'autre veut rester en contact avec ses copains : c'est un besoin de connexion et d'appartenance au groupe. Un troisième cherche à s'isoler, ou à occuper ses mains. Et ces besoins-là sont souvent tout à fait légitimes.
En parlant avec Michaël, j'ai compris quelque chose sur moi. Enfant, j'étais complètement dépendant aux jeux vidéo.
C'était un besoin d'éloignement, un besoin de solitude. Ça me permettait de m'isoler, de me rassurer, parce que dans le jeu, je contrôlais tout : je le connaissais par cœur.
Le prix à payer existait aussi : je passais à côté de moments de famille et d'occasions de voir les autres. Mais le jeu répondait à un vrai besoin, que personne autour de moi n'avait identifié.
Remplacer plutôt que supprimer
On croit souvent qu'une mauvaise habitude, il faut l'arrêter net. Michaël nuance : certains y arrivent du jour au lendemain, mais ce n'est pas la majorité, et les rechutes sont fréquentes. En stoppant d'un coup, on prive aussi la personne du besoin que l'habitude satisfaisait. Ce besoin se reporte alors ailleurs, pas forcément mieux : on arrête de fumer, et on mange plus de sucre.
Il raconte comment il a arrêté le café. Il a d'abord compris pourquoi il en buvait : la pause lui permettait de s'isoler et d'être tranquille. Il a donc gardé ses pauses, mais changé de boisson, petit à petit : du thé, puis de la tisane, puis de l'eau. Le rituel est resté, la substance est partie.
Pour un enfant, le principe est le même. S'il a besoin de s'isoler, d'occuper ses mains et d'être stimulé, Michaël suggère qu'une première étape peut être un bon jeu vidéo de stratégie plutôt que des vidéos qui défilent à l'infini : un jeu où il planifie et réfléchit. Ce n'est pas le point d'arrivée, c'est un premier pas.
Et pour le moment, très concret, où il faut éteindre, j'ai détaillé trois outils dans l'article sur les écrans et l'enfant TDAH.
Proposer mieux que l'écran
Un enfant, et encore plus un enfant TDAH, a besoin de variété. La routine l'ennuie vite. Le paradoxe, c'est qu'au bout d'une demi-heure de vidéos qui défilent, l'écran devient lui-même une routine, de moins en moins stimulante. On y reste quand même, faute de recul pour voir qu'autre chose est possible.
Michaël a vécu deux ans au Canada, et il a observé l'école de l'un de ses enfants. Les élèves avaient des temps libres, écrans compris. Mais au bout d'un certain temps, ils changeaient d'activité. Pour lui, l'écran n'est pas un problème en soi : il en devient un quand c'est trop long, et que ça n'apporte plus rien.
Un cadre peut donc ressembler à ceci : un créneau court et prévisible, sur des applications que vous avez choisies, pendant lequel votre enfant peut parler à ses copains ou se détendre. Et à côté, autre chose à vivre : des activités, du mouvement, des aventures. Le fils de Michaël, qui a besoin de beaucoup de stimulation, va chez les scouts : dehors, en groupe, à construire des choses de ses mains.
Deux idées reçues sur le TDAH
À la fin de notre échange, Michaël a démonté deux idées qu'on entend souvent.
« Le TDAH, c'est une mode. » Non. L'agitation et l'hyperactivité de l'enfant ont été décrites il y a plus de cent ans, bien avant les traitements actuels. Si on en parle davantage, c'est qu'il est mieux compris, mieux diagnostiqué, et qu'il fait l'objet d'énormément de recherches.
« Le TDAH, c'est une affaire de garçons. » C'est surtout que les garçons sont plus repérés. Un garçon turbulent se remarque ; une fille turbulente, on dira que c'est un « garçon manqué ». Selon Michaël, la différence de diagnostic tient avant tout à ce biais culturel. Il évoque aussi une piste de recherche récente, encore à l'état d'hypothèse : le rôle de certaines hormones, comme les œstrogènes, sur l'efficacité de la dopamine.
Et vous, parent ?
Michaël accompagne aujourd'hui des adultes neuroatypiques en perte de sens au travail. Il insiste sur un point : les profils TDAH ont tendance à aller vers le « trop », et à dépasser leurs limites jusqu'à l'épuisement.
Je m'y retrouve complètement. Enfant, on m'a habitué à ne pas m'écouter, et j'ai continué adulte à forcer, physiquement comme dans mon parcours d'entrepreneur. Être anxieux tous les jours, avoir le cafard depuis des semaines, ce n'est pas normal, et ce n'est pas à banaliser.
Michaël propose une question simple, à se poser à soi-même, avec une réponse par oui ou par non : « Est-ce que j'ai encore le cœur d'y aller ? » Si la réponse spontanée est non, et que ça dure depuis des semaines ou des mois, c'est le moment d'en parler à un professionnel.
Ce que je vois en accompagnement
Dans presque toutes les familles que j'accompagne, la question des écrans ou du sucre finit par arriver. Et presque toujours, les parents l'ont abordée par l'interdiction, parce que c'est ce qu'on nous a appris. Ce qui débloque la situation, c'est de changer de question : non plus « comment je l'empêche ? », mais « de quoi a-t-il besoin ? ».
C'est aussi pour ça que les petites victoires comptent tant : elles nourrissent ce besoin de stimulation de façon saine. J'en parle dans l'article sur le tableau de motivation. Et si vous voulez voir ce que ce changement de regard a produit chez d'autres parents, les témoignages des familles en parlent mieux que moi. Pour mieux connaître mon histoire d'enfant TDAH, elle est racontée sur la page Mon parcours.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Ce que disent les parents accompagnés
Franchement, le quotidien est beaucoup plus simple depuis ton coaching. J'ai compris que le problème de ma fille était là, mais que ma façon de l'aborder jouait sur ses réactions. Maintenant, j'ai des réponses plus adaptées, je la braque moins, et notre quotidien est beaucoup plus simple.
— Aude, maman de Julia
Avant, c'était crises sur crises, on ne se comprenait plus… mais grâce à Oscar, j'ai appris à calmer les crises, comprendre Nolan, apaiser notre relation, et aujourd'hui, tout est plus serein : faites-lui confiance, c'est que du positif.
— Cathy, maman de Nolan
Tu adaptes vraiment ton accompagnement à notre situation. Tes astuces concrètes nous aident à avancer rapidement, surtout avec notre patience limitée. On se sent compris, et ça fait vraiment du bien. Tes solutions clés arrivent vite et nous font gagner un temps fou.
— Robin et Nathalie, parents d'un fils de 14 ans
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Oscar Langley
Coach international, auteur et conférencier spécialisé dans le TDAH et le trouble oppositionnel avec provocation. Diagnostiqué TDAH/TOP lui-même, il accompagne aujourd'hui des centaines de familles à retrouver un quotidien apaisé et sensibilise les entreprises aux troubles du neurodéveloppement.
Découvrir son parcours →Cet article partage une expérience de terrain et des outils éducatifs. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas la consultation d'un professionnel de santé (médecin, pédopsychiatre, psychologue).
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