Parler de neurodivergence chez L'Oréal : ce que cette rencontre m'a appris
Invité par L'Oréal à échanger avec des parents salariés sur la neurodivergence à l'adolescence. Ce qui se joue quand l'entreprise ouvre ce sujet.

Oscar Langley — coach TDAH, auteur et conférencier
Publié le 17 août 2026 · 8 min de lecture

Une heure pour parler de ce dont on ne parle pas au bureau
J'ai eu l'honneur d'intervenir chez L'Oréal, invité à échanger avec des collaboratrices et collaborateurs autour de la neurodivergence chez les adolescents, aux côtés de Céline Lis-Raoux.
Ce que j'ai le plus apprécié, c'est le format : je n'ai pas parlé à une salle de managers, j'ai parlé directement à des parents. Des parents qui, pendant une heure, ont posé leurs vraies questions — celles qu'on ne pose pas facilement à la machine à café.
Cette rencontre s'inscrit dans un cycle lancé il y a deux ans par Anne-Laure Thomas et Agnès : « Parlons parentalité ». Le principe est simple et rare — offrir aux salariés des espaces d'échange sur ce qu'ils traversent en tant que parents. Harcèlement, écrans, orientation, Parcoursup… et cette fois, la neurodivergence.
Anne-Laure Thomas le résume mieux que moi : une entreprise attentive reconnaît « les défis de la vie quotidienne » de ses collaborateurs. C'est exactement ce qui se joue.

Pourquoi ce sujet a sa place en entreprise
Il y a une objection qu'on m'oppose souvent : en quoi la neurodivergence des enfants regarde-t-elle l'employeur ?
Regardons les chiffres évoqués pendant la rencontre. Environ 5 % des enfants et adolescents sont concernés par un TDAH. Jusqu'à 17 % sont touchés par des troubles dys. Et 7 500 enfants naissent chaque année avec un trouble du spectre de l'autisme.
Rapportez ces proportions à l'effectif d'un grand groupe. Ça ne fait pas quelques cas isolés : ça fait un nombre considérable de familles, dont une bonne partie n'en parle jamais au travail.
Or un parent qui enchaîne les convocations scolaires, qui attend un bilan pendant dix-huit mois, ou qui a passé sa soirée à gérer une crise, n'arrive pas au bureau l'esprit libre. Ce n'est pas un problème de motivation, c'est une charge mentale invisible. L'entreprise n'a pas à entrer dans la vie privée de ses salariés — mais elle peut leur donner des repères et un lieu où déposer la question.
Ce que les parents demandent vraiment
Dans ce genre de salle, les questions ne portent presque jamais sur la définition d'un trouble. Elles portent sur le quotidien :
- Comment savoir si c'est de l'adolescence ou si c'est autre chose ?
- Vers qui se tourner pour un diagnostic, et combien de temps ça prend ?
- Comment en parler au collège sans que mon enfant soit étiqueté ?
- Est-ce que je dois en parler à mon manager ?
- Et surtout : est-ce que je fais fausse route depuis le début ?
Cette dernière question revient systématiquement, et c'est celle qui me touche le plus. Derrière la demande d'information, il y a presque toujours une culpabilité. Beaucoup de parents arrivent en pensant qu'ils ont mal fait. Ce ne sont pas de mauvais parents : ce sont des parents en difficulté dans une situation qui mettrait n'importe qui en difficulté.
L'adolescence rebat les cartes
Un point mérite d'être souligné, parce qu'il surprend beaucoup de parents : les difficultés ne disparaissent pas à l'adolescence, elles changent de forme.
Chez l'enfant, ça se voit — l'agitation, les crises, les oublis, les remarques du carnet de liaison. À l'adolescence, tout se déplace vers l'intérieur : la perte d'estime de soi, l'évitement scolaire, l'isolement, parfois l'opposition frontale. Beaucoup de familles pensent que « ça va se calmer avec l'âge » et se retrouvent démunies quand, au contraire, le climat familial se durcit.
C'est aussi l'âge où le regard des autres pèse le plus lourd, et où un jeune refuse souvent l'aide qu'on lui propose. Les parents ont alors besoin d'un discours qui ne les infantilise pas et qui ne dramatise pas non plus.
Une question est revenue plusieurs fois dans la salle, sous des formes différentes : que faire quand toute la maison finit par tourner autour d'un seul enfant, de ses refus et de ses colères ? C'est un basculement fréquent à cet âge, et il porte un nom que je préfère manier avec précaution — un enfant n'est pas tyrannique, il développe des comportements tyranniques, et c'est réversible. Le dire clairement à des parents épuisés change souvent leur façon de voir la suite.
Ce qu'une entreprise peut mettre en place, concrètement
Quand une direction me demande par où commencer, je réponds toujours la même chose : commencer petit, mais commencer pour de bon. Trois niveaux se dégagent, du plus simple au plus engageant.
Ouvrir un espace de parole récurrent
C'est exactement ce que fait L'Oréal avec « Parlons parentalité », et c'est le format le plus efficace pour un coût dérisoire. Une heure, un thème, des experts qui répondent aux questions. La récurrence est le point clé : un événement isolé est vite oublié, un rendez-vous trimestriel finit par installer l'idée que le sujet est légitime dans l'entreprise.
Point de vigilance : l'inscription doit être libre et discrète. Un parent qui doute pour son enfant ne se signalera jamais s'il doit justifier sa présence auprès de son manager.
Sensibiliser les managers, séparément
Les managers ont un besoin différent des parents. Eux ne cherchent pas à comprendre leur enfant, mais à savoir quoi faire quand un collaborateur traverse une période difficile — jusqu'où proposer de la souplesse, comment ne pas être intrusif, comment ne pas tomber dans le diagnostic sauvage d'un collègue « sûrement TDAH ».
Mélanger les deux publics dans la même salle est une erreur classique : les parents n'osent plus parler devant leur hiérarchie, et les managers repartent sans réponse à leurs propres questions.
Rendre les ressources trouvables
Le troisième niveau ne coûte presque rien : rassembler au même endroit ce qui existe déjà — les dispositifs internes, les contacts utiles, les repères sur le parcours de diagnostic. La plupart des grands groupes disposent déjà de plus de ressources qu'ils ne le croient ; le problème est qu'aucun salarié ne sait qu'elles existent, ni qu'elles s'appliquent aussi à la situation de leur enfant.
Ce que je retiens
Je suis reparti de cette intervention avec une conviction renforcée : les entreprises ont un rôle réel à jouer, à condition de ne pas confondre les registres. Il ne s'agit pas de faire de la thérapie au bureau, ni de demander aux salariés d'exposer leur vie de famille. Il s'agit d'ouvrir un espace, une heure, où l'on dit clairement : ce que vous traversez existe, c'est fréquent, et voici vers quoi vous tourner.
Merci à Anne-Laure Thomas et à Agnès pour l'invitation, et merci aux participants pour la qualité et la sincérité des échanges. C'était un honneur d'être accueilli chez L'Oréal pour ce sujet — et un vrai plaisir de pouvoir m'adresser directement aux parents.
Si vous vous reconnaissez dans ces questions à titre personnel, vous n'êtes pas seul : les témoignages de familles accompagnées racontent presque tous le même point de départ. Et si vous souhaitez comprendre d'où je parle, mon parcours explique pourquoi ce sujet ne m'est pas théorique : j'ai été cet enfant-là.
Questions fréquentes
Ce que disent les parents accompagnés
Franchement, le quotidien est beaucoup plus simple depuis ton coaching. J'ai compris que le problème de ma fille était là, mais que ma façon de l'aborder jouait sur ses réactions. Maintenant, j'ai des réponses plus adaptées, je la braque moins, et notre quotidien est beaucoup plus simple.
— Aude, maman de Julia
Avant, c'était crises sur crises, on ne se comprenait plus… mais grâce à Oscar, j'ai appris à calmer les crises, comprendre Nolan, apaiser notre relation, et aujourd'hui, tout est plus serein : faites-lui confiance, c'est que du positif.
— Cathy, maman de Nolan
Tu adaptes vraiment ton accompagnement à notre situation. Tes astuces concrètes nous aident à avancer rapidement, surtout avec notre patience limitée. On se sent compris, et ça fait vraiment du bien. Tes solutions clés arrivent vite et nous font gagner un temps fou.
— Robin et Nathalie, parents d'un fils de 14 ans
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Oscar Langley
Coach international, auteur et conférencier spécialisé dans le TDAH et le trouble oppositionnel avec provocation. Diagnostiqué TDAH/TOP lui-même, il accompagne aujourd'hui des centaines de familles à retrouver un quotidien apaisé et sensibilise les entreprises aux troubles du neurodéveloppement.
Découvrir son parcours →Cet article partage une expérience de terrain et des outils éducatifs. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas la consultation d'un professionnel de santé (médecin, pédopsychiatre, psychologue).
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